Vers une nouvelle stratégie européenne de sécurité : une évolution de la conception européenne de la sécurité

Depuis le début des années 2000, la manière dont l’Union européenne appréhende sa sécurité s’est progressivement transformée.

La Stratégie européenne de sécurité de 2003 répondait à un environnement marqué notamment par le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive, les conflits régionaux, les États fragiles et la criminalité organisée.

En 2016, la Stratégie globale de l’Union européenne a introduit une lecture plus large de l’environnement international, accordant notamment une place importante à la résilience et à la capacité de l’Union à protéger ses intérêts.

En 2022, la Boussole stratégique pour la sécurité et la défense a cherché à renforcer la capacité de l’Union et de ses États membres à agir dans un environnement stratégique profondément dégradé.

En 2026, une nouvelle étape est en préparation.

Le Parlement européen indique qu’une nouvelle stratégie européenne de sécurité est attendue au troisième trimestre 2026. Elle devrait proposer une vision de long terme intégrant notamment défense, sécurité, résilience, souveraineté technologique, sécurité économique, chaînes d’approvisionnement et partenariats.

L’intérêt de cette future stratégie ne réside donc pas seulement dans l’ajout de nouvelles priorités.

Elle pose une question plus fondamentale :

Comment la conception européenne de la sécurité évolue-t-elle lorsque les frontières entre défense, économie, technologie, résilience et sécurité intérieure deviennent moins étanches ?

C’est cette évolution doctrinale que cet article propose d’examiner.

1. 2003 : identifier les grandes menaces

La première Stratégie européenne de sécurité, adoptée en 2003, constitue une étape structurante dans la formulation d’une vision stratégique commune.

Le contexte est alors très différent de celui de 2026.

La réflexion européenne se concentre notamment sur plusieurs grandes catégories de menaces : terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, conflits régionaux, déliquescence des États et criminalité organisée.

La sécurité est déjà envisagée au-delà de la seule défense territoriale.

Mais l’environnement technologique, économique et géopolitique n’a pas encore connu les transformations qui marqueront les deux décennies suivantes.

Cette première étape peut être résumée ainsi :

IDENTIFIER LES MENACES

DÉVELOPPER UNE VISION STRATÉGIQUE COMMUNE

RENFORCER LA CAPACITÉ EUROPÉENNE À Y RÉPONDRE

2. 2016 : la résilience entre dans la réflexion stratégique

Treize ans plus tard, la Stratégie globale de l’Union européenne de 2016 intervient dans un environnement profondément différent.

Les crises aux frontières de l’Europe, les transformations géopolitiques et l’instabilité du voisinage conduisent l’Union à développer une approche davantage fondée sur la résilience, la coopération et la protection de ses intérêts.

La sécurité n’est plus seulement pensée à partir de menaces clairement identifiées.

Elle est également envisagée à travers la capacité des États, des sociétés et des partenaires à résister aux crises et aux déstabilisations.

Cette évolution constitue une étape conceptuelle importante :

2003

« Quelles sont les principales menaces ? »

2016

« Comment renforcer notre capacité collective à évoluer dans un environnement instable ? »

La notion de sécurité commence ainsi à s’élargir.

3. 2022 : renforcer la capacité d’action

La Boussole stratégique, adoptée en mars 2022, poursuit cette transformation dans le domaine de la sécurité et de la défense.

Elle organise son approche autour de quatre dimensions :

agir,
sécuriser,
investir,
coopérer.

La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine donne à cette réflexion une urgence nouvelle.

L’enjeu n’est plus seulement d’analyser les risques ou d’améliorer la résilience.

Il devient également nécessaire de renforcer les capacités, la préparation et la capacité d’action de l’Union et de ses États membres.

La séquence stratégique peut alors être représentée de manière simplifiée :

2003 — IDENTIFIER

2016 — RÉSISTER

2022 — AGIR

2026 — ARTICULER ?

Le point d’interrogation est volontaire : au 28 août 2026, le document annoncé n’a pas encore été présenté sous sa forme définitive.

4. Pourquoi une nouvelle stratégie en 2026 ?

Depuis 2022, l’environnement stratégique européen a encore évolué.

Le briefing du Parlement européen du 7 juillet 2026 identifie notamment :

  • la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine ;
  • l’intensification de la compétition géopolitique ;
  • les menaces hybrides ;
  • les cyberattaques ;
  • la coercition économique ;
  • les pressions sur la résilience européenne ;
  • les enjeux touchant la base industrielle de défense.

Mais l’élément déterminant n’est pas simplement l’accumulation de menaces.

C’est leur interdépendance croissante.

Une décision économique peut avoir des conséquences stratégiques.

Une dépendance technologique peut devenir une vulnérabilité de sécurité.

Une perturbation logistique peut affecter des capacités industrielles.

Une crise internationale peut avoir des répercussions sur l’énergie, les infrastructures, les chaînes d’approvisionnement ou la sécurité intérieure.

La question stratégique devient donc moins :

« Dans quelle catégorie classer cette menace ? »

et davantage :

« Comment comprendre et traiter les interactions entre plusieurs dimensions de la sécurité ? »

5. Vers une conception plus globale de la sécurité

C’est probablement la transformation centrale à observer.

Pendant longtemps, les politiques européennes concernant la défense, la sécurité intérieure, l’économie, l’industrie, l’énergie ou le numérique pouvaient être étudiées comme des domaines relativement distincts.

Cette séparation devient progressivement plus difficile.

Le Parlement européen indique que la future stratégie devrait chercher à intégrer dans une vision cohérente de long terme :

défense,
sécurité,
résilience,
souveraineté technologique,
sécurité économique et des chaînes d’approvisionnement,
et partenariats internationaux.

Cela ne signifie pas que toutes ces politiques vont fusionner.

Il s’agit plutôt de reconnaître qu’elles peuvent désormais produire des effets les unes sur les autres.

DÉFENSE

TECHNOLOGIE

ÉCONOMIE

RÉSILIENCE

SÉCURITÉ

PARTENARIATS

La nouveauté réside donc moins dans chacun de ces domaines pris séparément que dans leur mise en cohérence stratégique.

6. De la sécurité sectorielle à la sécurité systémique

Cette évolution permet d’introduire une distinction utile.

Une approche sectorielle cherche principalement à répondre à une problématique dans son propre domaine.

Une approche systémique cherche également à comprendre les interactions et dépendances entre plusieurs domaines.

Prenons un exemple volontairement général.

Une dépendance technologique peut sembler relever principalement de la politique industrielle.

Mais si cette technologie devient indispensable à des capacités militaires, à des infrastructures essentielles ou à des systèmes de communication, elle acquiert également une dimension de sécurité.

De la même manière, une dépendance économique peut devenir stratégique lorsqu’elle réduit fortement la capacité d’action d’un État ou de l’Union.

La conception européenne de la sécurité tend donc progressivement vers :

MENACE

VULNÉRABILITÉ

DÉPENDANCE

INTERDÉPENDANCE

RÉSILIENCE

CAPACITÉ D’ACTION

Cette chaîne est différente de celle utilisée dans notre article sur les infrastructures critiques : ici, elle sert à expliquer l’évolution d’une doctrine stratégique, et non la continuité d’un service essentiel.

7. La sécurité intérieure entre dans cette réflexion globale

La préparation de la stratégie ne concerne pas uniquement les ministres de la défense ou les affaires étrangères.

Lors du Conseil Justice et affaires intérieures du 4 juin 2026, les ministres ont discuté des dimensions de sécurité intérieure qui devraient être reflétées dans la future stratégie européenne.

Ils ont notamment soutenu :

  • une meilleure prise en compte des considérations de sécurité dans les politiques et législations européennes ;
  • une coopération structurée entre acteurs de la sécurité ;
  • l’amélioration des échanges sécurisés d’informations ;
  • le renforcement de la dimension extérieure dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée.

Ce point est particulièrement révélateur.

La future stratégie pourrait contribuer à rapprocher davantage deux univers traditionnellement étudiés séparément :

SÉCURITÉ EXTÉRIEURE

SÉCURITÉ INTÉRIEURE

Une menace extérieure peut produire des conséquences intérieures.

Inversement, des phénomènes relevant de la sécurité intérieure peuvent posséder des ramifications internationales.

8. La présidence irlandaise et la poursuite des travaux

Depuis le 1er juillet 2026, l’Irlande exerce la présidence du Conseil de l’Union européenne.

La sécurité constitue l’un de ses trois grands axes, aux côtés de la compétitivité et des valeurs européennes.

Le 7 juillet 2026, le Taoiseach Micheál Martin a confirmé devant le Parlement européen que la présidence irlandaise entendait faire avancer les travaux sur la nouvelle stratégie européenne de sécurité.

Il a notamment évoqué le développement des capacités de défense, la résilience face aux menaces hybrides ainsi que les dimensions maritime et cyber de la sécurité européenne.

Il faut toutefois conserver une distinction essentielle :

ces éléments renseignent sur les travaux préparatoires et les priorités politiques ; ils ne permettent pas encore de présumer du contenu exact du document définitif.

9. Ce que cet article ne cherche volontairement pas à traiter

Cette précision éditoriale est importante pour éviter les répétitions dans la série ADESS.

Cet article n’a pas vocation à expliquer en détail :

  • le fonctionnement des dispositifs européens de cybersécurité ;
  • la directive CER et la résilience des entités critiques ;
  • les mécanismes de lutte contre les menaces hybrides ;
  • Europol, Eurojust ou eu-LISA ;
  • l’interopérabilité des systèmes d’information ;
  • les stratégies nationales de sécurité ;
  • la répartition détaillée des compétences entre l’Union et les États.

Ces sujets disposent ou disposeront de publications spécifiques.

Ici, l’objet est différent :

COMPRENDRE COMMENT ÉVOLUE LA CONCEPTION EUROPÉENNE DE LA SÉCURITÉ.

Cette séparation éditoriale permet d’éviter que chaque article transversal reproduise les mêmes développements.

10. Une stratégie ne signifie pas une politique unique

Une stratégie européenne de sécurité plus globale ne signifie pas nécessairement que toutes les politiques concernées seront regroupées dans une autorité ou un dispositif unique.

Il faut distinguer :

COHÉRENCE STRATÉGIQUE

FUSION INSTITUTIONNELLE

Des domaines peuvent être intégrés dans une même réflexion stratégique tout en conservant :

  • leurs bases juridiques ;
  • leurs institutions ;
  • leurs instruments ;
  • leurs budgets ;
  • leurs responsabilités nationales et européennes.

Cette distinction sera essentielle lors de la publication du document définitif.

Il faudra examiner non seulement ce que la stratégie considère comme relevant de la sécurité, mais aussi comment elle prévoit d’articuler ces différentes dimensions.

11. Ce qu’il faudra observer dans le document définitif

Lorsque la nouvelle stratégie sera publiée, son analyse pourra être organisée autour de cinq questions simples.

Première question : quel périmètre de sécurité retient-elle ?

Défense, sécurité intérieure, économie, technologie, résilience et autres dimensions seront-elles réellement intégrées dans une même doctrine ?

Deuxième question : quelles menaces considère-t-elle comme prioritaires ?

La hiérarchie retenue permettra de mesurer l’évolution par rapport aux cadres de 2003, 2016 et 2022.

Troisième question : quelles dépendances stratégiques identifie-t-elle ?

Cette dimension permettra d’évaluer la place accordée à la technologie, à l’industrie, aux approvisionnements et à la sécurité économique.

Quatrième question : quelle capacité d’action recherche-t-elle ?

Une stratégie n’a pas seulement vocation à décrire l’environnement. Elle doit orienter l’action.

Cinquième question : comment s’articule-t-elle avec les cadres existants ?

Il faudra notamment éviter de considérer la nouvelle stratégie comme remplaçant automatiquement l’ensemble des politiques et instruments antérieurs.

Regards du SEEEI

Pour le SEEEI — Service d’Étude des Équilibres Européens et Institutionnels, l’intérêt principal de cette nouvelle stratégie réside dans la possibilité d’observer l’évolution du périmètre même de la sécurité européenne.

La grille d’analyse proposée est donc volontairement différente de celle employée dans les autres articles :

2003

environnement stratégique et menaces

2016

intérêts, voisinage et résilience

2022

capacité d’action, sécurité et défense

2026

vers une articulation plus globale des dimensions de sécurité ?

Le SEEEI pourra ensuite comparer :

CONTENU ATTENDU

CONTENU EFFECTIVEMENT PUBLIÉ

ÉVOLUTION PAR RAPPORT AUX CADRES ANTÉRIEURS

CONSÉQUENCES INSTITUTIONNELLES ET STRATÉGIQUES

L’objectif n’est pas de déterminer quelle stratégie l’Union devrait adopter.

Il est de documenter l’évolution de sa conception de la sécurité à partir de sources institutionnelles ouvertes.

Conclusion

La préparation d’une nouvelle stratégie européenne de sécurité constitue moins l’apparition d’un nouveau domaine que l’aboutissement provisoire d’une évolution engagée depuis plus de vingt ans.

La trajectoire peut être schématiquement résumée ainsi :

2003 — IDENTIFIER LES MENACES

2016 — RENFORCER LA RÉSILIENCE

2022 — DÉVELOPPER LA CAPACITÉ D’ACTION

2026 — RECHERCHER UNE COHÉRENCE STRATÉGIQUE PLUS GLOBALE

Références institutionnelles principales

  • Stratégie européenne de sécurité — 2003
  • Stratégie globale de l’Union européenne — 2016
  • Boussole stratégique pour la sécurité et la défense — 2022
  • Parlement européen / EPRS — New European security strategy, 7 juillet 2026
  • Conseil Justice et affaires intérieures — 4 juin 2026
  • Présidence irlandaise du Conseil de l’Union européenne — programme et priorités de sécurité 2026

Lecture méthodologique SEEEI

Cette analyse s’inscrit dans les travaux du SEEEI et repose exclusivement sur des sources institutionnelles ouvertes.

Elle adopte une approche diachronique, consistant à comparer l’évolution des principaux cadres stratégiques européens dans le temps.

L’analyse distingue volontairement la doctrine stratégique générale des dispositifs sectoriels relatifs à la cybersécurité, aux infrastructures critiques, aux systèmes d’information, à la coopération policière ou à la gestion des crises.

Cette séparation méthodologique vise à éviter de confondre :

VISION STRATÉGIQUE

avec

POLITIQUES SECTORIELLES ET INSTRUMENTS DE MISE EN ŒUVRE.

Transparence & compréhension citoyenne

Une stratégie européenne de sécurité n’est pas en elle-même une nouvelle institution, une force de sécurité ou une administration européenne.

Elle constitue avant tout un cadre d’orientation stratégique.

Elle peut influencer la manière dont plusieurs politiques sont coordonnées ou développées, mais son existence ne signifie pas que les compétences nationales de sécurité disparaissent.

Enfin, à la date de rédaction de cette version, le document définitif annoncé pour le troisième trimestre 2026 n’est pas encore la base de cette analyse. Le contenu présenté ici repose donc sur les informations préparatoires officiellement disponibles.

Transparence — Intelligence artificielle

Ce contenu a été élaboré avec l’assistance d’un outil d’intelligence artificielle générative pour la structuration, la reformulation et l’aide à la rédaction. Le contenu a fait l’objet d’une relecture, d’une vérification et d’une validation humaine avant publication. ADESS assume la responsabilité éditoriale de cette publication.

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